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Rappeur

Peut-on être féministe et écouter du rap ?

Plus que jamais le monde de la musique exerce une forte influence sur notre culture et notre manière de vivre au quotidien.

Sorte d’échappatoire qui explore les sensations et les univers, la musique est un art qui accompagne bon nombre d’entre nous dans la vie de tous les jours. Le rap, en particulier, est un  genre musical qui parle toujours plus aux jeunes et constitue une technique d’expression prisée par les musiciens du monde entier car il se réfère à des situations du quotidien et décrit des réalités que vivent bon nombre d’entre nous. Son succès renouvelé et sa mutation récente des dix dernières années pose tout de même la question de son réel impact sur les jeunes générations. En effet, si l’on s’intéresse de plus près aux derniers hymnes musicaux, la plupart des chansons appartenant à l’univers hip-hop intègre bon nombre de stéréotypes et images négatives sur la femme. D’insultes à propos visant à encourager l’asservissement de la femme, certains rappeurs vont loin pour s’assurer une couverture médiatique de choc. Peut-on alors toujours affirmer être féministe et encourager l’émancipation de la femme tout en écoutant le rap 2.0 qui fait l’apologie de la femme-objet ?

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Les membres du groupe Fifth Harmony avec le rappeur Ty Dolla $ign – Facebook

Tout d’abord il est important de retracer très rapidement l’ascension du style musical qu’est le rap. Le rap est une forme musicale qui découle elle-même d’un plus grand courant musical, celui du hip-hop. Né dans le quartier du Bronx à New York le hip-hop est plus qu’un style musical intégrant des paroles fortes décrivant la société et ses travers, c’est aussi un art de vivre qui permet aux populations des quartiers pauvres d’adopter un style vestimentaire et une  attitude en marge pour s’affranchir des codes de la société dans les années 70.

Figure de proue de ce mouvement Grandmaster Flash est l’artiste qui a contribué à la popularisation du hip-hop et son accès plus élargi à des populations de tous horizons. Le hip hop qui mélange des flots musicaux, à la façon du R&B comme le jazz, le blues ou encore le DJing (art de « mixer » à l’aide de platines contenants des pistes préenregistrées), est un style musical touche à tout qui a permis de mettre en lumière les difficultés des masses populaires aux yeux de tous. A travers le rap, les artistes des années 90 exposent leurs problèmes personnels, leurs soucis avec la justice et montrent les valeurs qui les font tenir debout. C’est ce vent de rébellion et d’espoir qui est insufflé par le rap et qui interpelle. Tupac, Snoop Dog, Ice Cube, Notorious B.I.G. ou encore Dr Dre sont autant de noms connus qui ont révolutionné de manière durable la scène musicale. La plupart sont issus de la branche parallèle du rap qui est le gangsta rap né sur la côte Ouest, et font entendre leurs voix à travers des paroles crues et des dénonciations violentes teintées de colère pour évacuer la pression et les craintes qui constituent leur quotidien autour des guerres de gangs, viols et fréquentes incarcérations. Dans sa chanson « Violent » tirée de l’album 2Pacalypse Now , le rappeur Tupac insiste sur sa volonté de se rebeller face aux violences de la police qui cherche une excuse pour tirer sur les Afro-Américains, un rappel sans équivoque aux violences accrues aux Etats-Unis à l’encontre des personnes noires aujourd’hui.

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Le rappeur Kendrick Lamar – Merlijn Hoek

Face à ces messages prônant la liberté d’expression pour tous et dénonçant les inégalités sociales, il est difficile de comprendre le virage à 180° qu’a opéré le genre musical au cours de la dernière décennie. En effet, aujourd’hui il est difficile de trouver un rappeur qui ne vante pas le nombre de ses conquêtes, leur anatomie ou encore ses exploits sexuels au détour de ses chansons. Que ce soit dans les paroles en elles-mêmes ou dans les clips musicaux qui permettent de faire la promotion des chansons, les femmes sont des femmes- objets, sexualisées à outrance et forment le harem privilégié des rappeurs. Les Vixens sont les femmes qui dansent de manière lascive en tenue échancrée et moulante dans les clips vidéo de rappeurs tels que Lil Wayne, Tyga ou Future. Leurs chansons complètement décomplexées, n’ont pas peur de marier consommation de drogue à astuces pour attirer une femme dans son lit… De quoi inspirer et inciter l’envie chez les jeunes garçons et certaines jeunes filles. Le respect pour la femme et les valeurs vantées dans les années 80-90 en prennent un coup.

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Chris Brown au concert Supafest 2012 – Eva Rinaldi

Avec les différentes campagnes prônant le renouvellement de l’émancipation de la femme et l’accès à l’éducation (vecteur d’indépendance) des filles dans le monde, le discours contraire d’une partie des rappeurs est assez problématique et inquiétant puisque ces rappeurs peuvent être des modèles pour leurs fans et ainsi instiguer un certain état d’esprit chez eux.

Bien sûr nombreux sont les fans qui s’intéressent plutôt à la qualité, au rythme et aux rimes du rap caractérisé par son tempo saccadé cependant il est nécessaire de prendre les messages sexistes (voire misogynes) inclus dans ces chansons avec un grain de sel, voire à interpeller les artistes sur la porteur de leur musique.

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Lil Wayne, rappeur américain adepte des chansons trash – Facebook

L’apologie de la drogue, des violences et de la sexualisation des femmes n’est pas récente et cantonnée à l’univers du rap uniquement. En effet, certaines sous-catégories du Rock, de la Pop ou encore du R&B font la part belle aux stéréotypes et aux images négatives même si le rap se démarque particulièrement dans ces domaines.

Il est donc difficile d’échapper aux messages provocateurs et antiféministes de ces chansons.

Pour autant écouter ces « plaisirs coupables » ou les produire tout en étant défenseur des droits de la femme n’est pas tout à fait incompatible. En effet un artiste peut surfer sur la vague de ces chansons hargneuses et machos de temps à autre tout en ayant une carrière irréprochable. C’est la communication avec les fans qui peut changer la forme d’un message. Via les réseaux sociaux par exemple, un rappeur peut s’adresser librement et directement à ses fans pour leur expliciter la signification de ses paroles et ainsi affirmer ou non la porteur sexiste du message, ou les raisons d’un tel choix « artistique ».

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Bien que controversé, Kanye West délivre souvent des discours engagés à travers ses chansons – Rodrigo Ferrari

Chacun peut également faire le choix de sélectionner ce qu’il aime dans une chanson et d’ignorer ou condamner certaines paroles.

On peut également voir émerger des musiciennes et artistes qui s’emparent de la sexualisation des femmes pour servir un message d’émancipation et de réappropriation du corps de la femme comme Nicki Minaj, Beyoncé, Missy Elliott et d’autres. Un pied-de-nez aux rappeurs et un message fort pour les jeunes.


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Auteur /


Leslie NONVIGNON
Rédactrice mode pour Le Look Mag et pour blablablarunway.com

4 commentaires sur “Peut-on être féministe et écouter du rap ?

  1. Aélix dit:

    Excellent thème! Je ne pense pas qu’être féministe et écouter du rap soit forcément incompatible, la musique renvoie à un sentiment très personnel, peu importe les paroles même si elles sont parfois dégradantes, on ne contrôle pas ce qu’on aime! De là à revendiquer des valeurs sexistes présentes chez certains rappeurs, effectivement, c’est un autre débat…

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